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Traitement de la douleur, gestion de la douleur : causons causes

Apprendre à mieux penser son expérience douloureuse pour un traitement de la douleur et une gestion de la douleur plus efficaces.

Parfois, la douleur dure dans le temps. Parfois, la douleur récidive. Parfois, la douleur survient sans qu’il y ait de traumatisme évident. Alors elle inquiète, dérange, questionne.

Que puis-je faire pour que la douleur disparaisse ? Est-ce qu’elle va durer encore longtemps ? Que puis-je mettre en place pour mieux la supporter en attendant ? Existe-t-il une solution pour éviter que la douleur revienne ? Ou encore… Pourquoi est-ce que j’ai mal au fait ?

Cette dernière question, celle de la cause de sa douleur, est de première importance pour de nombreuses personnes [1]. Je le constate tous les jours dans ma pratique clinique : les patient·es veulent comprendre l’origine de leur expérience douloureuse.

Dans certaines situations, comprendre l’origine de sa douleur est relativement facile. Je trébuche, je tombe et me rattrape sur la main droite. J’ai mal au poignet. Je passe une radio : une fracture.

Dans d’autres situations, identifier la cause de sa douleur est plus complexe. Hélas, il existe beaucoup de douleurs dont la cause est difficile voire impossible à identifier en l’état de nos connaissances scientifiques.

Cet article s’adresse aux personnes ayant des douleurs appartenant à cette dernière catégorie. Son but est de vous fournir quelques éléments pour vous aider à :

  • donner du sens à ce que racontent ou proposent vos professionnels de santé ;
  • améliorer vos capacités à questionner et discuter avec eux vos expériences douloureuses.

Sommaire

Qu’entendre par « cause » de la douleur ?

Cause primaire, cause seconde

En pratique, il est bon de distinguer deux types de causes à votre douleur :

  • d’un côté, il y a l’événement qui a causé, déclenché votre problème au départ. Par exemple, ce peut être, un coup, une chute, un mouvement brusque ou un changement hormonal. Appelons cet événement déclencheur la cause première de votre douleur.
  • d’un autre côté, il y a tout ce qui fait que votre douleur persiste. Ce sont tous les événements biologiques qui continuent à œuvrer dans votre corps après l’événement déclencheur. Tous les événements biologiques qui contribuent à entretenir votre douleur. Appelons ces événements biologiques la cause seconde de votre douleur.

Selon la douleur, il peut être plus ou moins facile de connaître la cause première sans connaître la cause seconde (et inversement).

Heureusement, connaître seulement une des causes suffit parfois à proposer une prise en charge de la douleur adaptée.

Exemple du lumbago ou lombalgie aiguë

Imaginons un déménagement. Un des protagonistes, une jeune adulte, tente de déplacer seul un meuble imposant. Elle n’a pas l’habitude de ce type d’exercice. Elle ne prête pas attention à sa technique. Crac. Une vive douleur se déclenche dans le bas de son dos.

Dans cet exemple, la cause première de la douleur est le port de charge. C’est le fait d’avoir essayé de soulever une charge lourde qui a déclenché le lumbago.

Quant à la cause seconde, elle sera souvent impossible à identifier. On pourra bien toujours faire quelques suppositions :

  • Contracture musculaire ?
  • Lésion musculaire ?
  • Lésion ligamentaire ?
  • Lésion d’un disque intervertébral ?
  • Combinaison de plusieurs lésions ?

Dans tous les cas, aucune de ces hypothèses ne pourra être confirmée avec un niveau de certitude satisfaisant. À ce jour, nos outils d’examen ne sont pas suffisamment performants pour cela (IRM inclus ! J’y reviendrai dans un prochain article).

Par chance pour notre jeune déménageuse, la simple connaissance de la cause première de la douleur suffit à déterminer la conduite à tenir :

  • la rassurer sur l’absence de gravité du problème ; (Remarque : le fait qu’une douleur soit très intense ne veut pas forcément dire que le problème est grave. Prenez une crampe par exemple. Inversement, de nombreuses lésions cancéreuses peuvent pendant longtemps ne provoquer aucun symptôme.)
  • l’encourager à rester active autant que possible ;
  • la rassurer sur l’évolution du problème : dans un tiers des cas, la douleur aura totalement disparu dans les deux semaines, quoi qu’elle fasse [2].

En résumé

  • Il y a l’événement qui a causé votre douleur au départ : sa cause première.
  • Il y a les événements biologiques qui entretiennent votre douleur : sa cause seconde.
  • D’un point de vue thérapeutique, il est parfois suffisant de connaître uniquement la cause première pour aller de l’avant.

Bien sûr, il est parfois pertinent de se préoccuper de la cause seconde de sa douleur. Voici pourquoi.

Pourquoi se préoccuper de la cause de sa douleur ?

Il y a au moins deux raisons importantes à se préoccuper de la cause d’une douleur :

  1. comprendre ce qui se passe, cela rassure ;
  2. mieux comprendre quoi faire pour enrayer la douleur, en ciblant la cause du problème (quand c’est possible).

Nous allons maintenant voir que se préoccuper de la cause de sa douleur, c’est se préoccuper de la question du diagnostic.

Qu’est-ce qu’un diagnostic ?

Poser un diagnostic fait référence à deux actions distinctes : expliquer votre problème et étiqueter votre problème.

Expliquer votre problème

Poser un diagnostic revient d’abord à expliquer :

  • l’événement qui a déclenché votre douleur (la cause première) ;
  • ce qui se passe dans votre corps qui entretient la douleur (la cause seconde) ;

Par exemple, cause première : votre mal de dos et votre douleur dans la fesse droite résulte d’une journée complète passée à réaliser une activité exigeante et inhabituelle (mettons un déménagement) ;

Cause seconde : votre mal de dos et votre douleur dans la fesse droite s’explique par une hernie discale qui vient comprimer votre nerf sciatique droit.

Appelons dorénavant cet acte d’expliquer votre problème l’explication diagnostique.

Étiqueter votre problème

Toujours dans le cas illustratif d’une douleur de dos accompagnée d’une douleur dans la fesse droite, donner un nom à votre problème pourrait être vous dire que vous souffrez d’une « discopathie L5-S1 ».

Appelons à présent cet acte d’étiqueter votre problème l’étiquetage diagnostic.

En règle générale, étiquetage diagnostic et explication diagnostique sont liés.

Dans l’exemple précédent, l’étiquette diagnostique « discopathie L5-S1 » sert de raccourci à l’explication diagnostique « Votre mal de dos et votre douleur dans la fesse droite s’explique par une hernie discale qui vient comprimer votre nerf sciatique droit. ».

Étiqueter n’est pas expliquer

Bien que les actions d’étiqueter et d’expliquer votre douleur soient reliées, il est important de bien les distinguer pour deux raisons :

  • les fausses étiquettes diagnostiques ;
  • les étiquettes diagnostiques trompeuses.

Les fausses étiquettes diagnostiques

Parfois, l’« étiquette diagnostique » qui vous est proposée ne fait pas référence à une explication sur la cause de la douleur. C’est que j’appelle une fausse étiquette diagnostique.

Imaginons que vous vous présentiez à un médecin avec un mal de dos accompagné d’une douleur dans la fesse droite et que celui-ci vous déclare : « Vous avez une lombalgie. »

En réalité, « lombalgie » ne signifie rien d’autre que « douleur de dos » dans le jargon médical. En aucun cas cette étiquette ne fait référence à une explication de la cause de votre douleur.

C’est d’ailleurs pour cela que j’ai mis « étiquette diagnostique » entre guillemets au début de ce paragraphe. Il ne s’agit en réalité pas vraiment d’une véritable étiquette diagnostique. C’est uniquement une traduction de votre plainte en jargon médical.

En pratique, il est donc bon de ne pas se contenter d’une simple étiquette diagnostique et de s’enquérir d’une explication (si elle est accessible). Et ceci est d’autant plus vrai qu’une simple étiquette diagnostique peut, même si elle n’est pas fausse, être trompeuse.

Les étiquettes diagnostiques trompeuses

Parfois, une étiquette diagnostique peut induire en erreur. C’est par exemple le cas de l’étiquette « tendinite » qui laisse à penser que vous souffrez d’une inflammation d’un tendon.

Cette étiquette est trompeuse pour une raison simple : le tendon est composé de plusieurs parties, certaines pouvant s’inflammer et d’autres non.

Il y a donc un risque d’erreur à se contenter de l’étiquette diagnostique « tendinite » : croire utile de prendre des anti-inflammatoires pour soulager sa douleur alors que celle-ci vient d’une partie non inflammable du tendon.

À retenir

La cause de sa douleur, c’est à la fois ce qui l’a déclenché (cause première) et ce qui l’entretient (cause seconde).

Avoir une idée sur l’une des deux causes seulement peut suffire à aller de l’avant d’un point de vue thérapeutique.

Il ne faut pas confondre le nom donné à votre douleur (l’étiquette diagnostique) et l’explication de la douleur (l’explication diagnostique).

Il existe de fausses étiquettes diagnostiques, simples traductions de vos plaintes en jargon médical (exemple : « mal de dos » = « lombalgie »).

Il existe des étiquettes diagnostiques trompeuses pouvant conduire vers de fausses pistes thérapeutiques (exemple : « tendinite »).

(À noter que le fait d’ignorer la cause d’une douleur n’empêche pas de mettre en place une stratégie intelligente pour la gérer au mieux. À ce titre, je vous invite à lire mon article qui présente trois principes incontournables en matière de gestion de la douleur chronique.)

Pour être averti quand je publie un nouvel article, entrez votre email ci-dessous et cliquez sur « S’ABONNER ».

RÉFÉRENCES

[1] Hopayian K, Notley C. A systematic review of low back pain and sciatica patients’ expectations and experiences of health care. Spine J. 2014 Aug 1;14(8):1769-80. doi: 10.1016/j.spinee.2014.02.029. Epub 2014 Apr 29. PMID: 24787355.

[2] https://kinedarbois.fr/2021/09/14/mal-de-dos-lombalgie-aigue-traitement/

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