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Entorse de cheville : que faire si la douleur persiste ?

Vous avez eu une entorse de cheville. Vous trouvez que votre douleur persiste anormalement. J’ai écrit cet article pour vous.

Qu’une douleur persiste longtemps après une entorse de cheville n’est pas rare. Autrement dit, vous n’êtes pas seul·e.

Avoir cette connaissance va peut-être en rassurer certain·es (un peu), d’autres non. Quoi qu’il en soit, cette information signifie que ce thème intéresse du monde, moi le premier. C’est pourquoi je me suis attelé à écrire cet article. Pour cela, j’ai examiné la littérature médicale et scientifique la plus récente, c’est-à-dire tout ce que l’espèce humaine sait à ce jour sur le sujet (en cet automne 2021).

J’espère que ce que vous trouverez dans ma synthèse vous sera utile. Bonne lecture !

Cette iconographie est une synthèse des principaux éléments à savoir quand une douleur persiste suite à une entorse de cheville.

Sommaire

  1. Entorse de cheville, cheville tordue, cheville foulée : qu’est-ce que c’est ?
  2. La douleur d’entorse de cheville juste après le traumatisme : pourquoi ?
  3. Durée de la douleur et entorse de cheville : à quoi s’attendre ?
  4. La douleur persiste longtemps après mon entorse de cheville : comment l’expliquer ?
  5. Que faire si la douleur persiste longtemps après l’entorse de cheville ?

Entorse de cheville, cheville tordue, cheville foulée : qu’est-ce que c’est ?

Dans le langage courant, on dit parfois s’être tordu ou foulé la cheville. « Cheville tordue », « cheville foulée », « entorse de cheville » : ces expressions sont synonymes.

Une entorse de cheville est une lésion d’un ou plusieurs ligaments de l’articulation de la cheville suite à un étirement brutal.

Les ligaments de la cheville sont des sortes d’épaisses bandes de tissus reliant les os entre eux et les maintenant ensemble. Comme un morceau de tissu est composé de fibres textiles, les ligaments sont composés de fibres ligamentaires.

En cas d’entorse de cheville, la lésion va de la rupture de quelques fibres ligamentaires à la déchirure totale d’un ou plusieurs ligaments.

La douleur d’entorse de cheville juste après le traumatisme : pourquoi ?

La lésion ligamentaire de votre cheville va créer plein de microscopiques débris de ligaments. Ce sont tous les petits fragments des fibres rompues.

Ces morceaux vont se retrouver immergés dans la partie liquide du ligament de la cheville. Ils vont alors entrer en contact avec différentes substances chimiques contenues dans le liquide. Une réactions chimique va en découler : la réaction inflammatoire [1].

La réaction inflammatoire va aboutir à de nouveaux composés chimiques. Ceux-ci vont activer et sensibiliser des capteurs spécifiques présents dans le ligament de la cheville (les nocicepteurs). Ce sont ces capteurs qui vont transmettre l’information douloureuse au cerveau.

On appelle cette douleur survenant immédiatement après l’entorse de cheville la douleur aiguë. Si la douleur persiste au-delà d’une certaine durée, on parle de douleur chronique.

La douleur immédiate après l’entorse est normale et utile. Elle vous force à mettre au repos votre cheville quelque temps. Ceci va permettre à votre corps de s’organiser pour que le ligament cicatrise au mieux.

Durée de la douleur et entorse de cheville : à quoi s’attendre ?

Les études disponibles sur la question de la durée de la douleur et l’entorse de cheville indiquent que [2] :

  • la douleur diminue rapidement dans les 2 semaines suivant le traumatisme ;
  • jusqu’à 2 personnes sur 3 n’auront plus de douleur après un an ;
  • jusqu’à 9 personnes sur 10 n’auront plus de douleur après trois ans.

Une entorse de cheville peut être plus ou moins grave. Trois stades de sévérité sont distingués :

  • Grade 1 : lésion partielle d’un ligament ne mettant pas en jeu la stabilité de la cheville (le ligament tient encore bien les os entre eux).
  • Grade 2 : lésion partielle d’un ligament mettant en jeu la stabilité de la cheville (le ligament ne tient plus bien les os entre eux).
  • Grade 3 : rupture totale d’un ligament.

Étonnamment, la sévérité de l’entorse ne détermine pas à quel point la douleur va durer dans le temps [2].

À retenir : 2 personnes sur 3 n’auront plus de douleur après un an, et 9 sur 10 après trois ans.

La douleur persiste longtemps après mon entorse de cheville : comment l’expliquer ?

Pourquoi la douleur de cheville peut-elle persister au-delà d’une certaine durée ?

Avant de répondre à cette question, il faut savoir ce que signifie « une certaine durée ». Autrement dit, il faut savoir à partir de quand il faut s’étonner d’avoir encore mal. En effet, la douleur qui survient tout de suite après une entorse est un phénomène normal et utile. Il n’y a donc pas lieu d’être surpris que celle-ci dure un certain temps. Mais combien de temps au juste ?

Quand faut-il s’étonner que la douleur persiste ?

Un ligament ayant été lésé, on peut imaginer que la douleur disparaîtra quand celui-ci aura totalement cicatrisé. Ce qui amène à se demander : combien de temps met un ligament à cicatriser ? En l’état des connaissances scientifiques, cette durée pourrait être comprises entre 6 semaines et 3 mois [3].

Nous pouvons maintenant revenir à notre question initiale en la précisant : pourquoi la douleur de cheville après entorse peut-elle persister au-delà de la fourchette allant de 6 semaines à 3 mois ?

Bon déjà, tant qu’on est dans la fourchette, on peut toujours imaginer que la cicatrisation n’est pas totale. Passé 3 mois, cette possibilité devient bien incertaine et il faut envisager d’autres possibilités.

À retenir : avant 3 mois, ne vous inquiétez pas. Le ligament n’a peut-être pas encore totalement cicatrisé.

Causes possibles de la persistance d’une douleur après entorse de cheville

Il existe plus d’une dizaine de raisons qui peuvent expliquer qu’une douleur après entorse de cheville persiste. Ces causes peuvent être classées en deux catégories :

  • causes locales : une ou plusieurs anomalies anatomiques se sont développées au niveau de votre cheville, en plus de la lésion ligamentaire initiale ;
  • causes neurologiques : votre système nerveux est devenu dysfonctionnel dans sa manière de gérer la douleur.

Examinons maintenant chacun de ces catégories.

Causes locales

D’autres lésions anatomiques liées à l’entorse pourraient être passées inaperçues ou s’être développées par la suite. Chez les personnes souffrant d’une douleur chronique de la cheville suite à une entorse on trouve [4-5] :

  • pour 6 à 9 sur 10 d’entre elles, une ou plusieurs anomalies à l’intérieur de l’articulation de la cheville telles que :
    • des lésions d’un cartilage et de sa zone de fixation sur l’os (lésions ostéochondrales) ;
    • la présence d’un fragment inattendu à l’intérieur de l’articulation (corps étranger articulaire), un morceau de cartilage par exemple ;
    • une membrane synoviale hypertrophiée ;
    • une membrane synoviale inflammatoire ;
    • une excroissance osseuse (ostéophyte).
  • pour près de 8 sur 10 d’entre elles, une anomalie d’un tendon d’un muscle de la cheville (les muscles fibulaires) parmi lesquelles :
    • une inflammation de la gaine synoviale du tendon (ténosynovite) ;
    • une fissure du corps du tendon ;
    • un amincissement du rétinaculum des fibulaires (une structure fibreuse qui maintient les tendons contre l’os tout en les laissant coulisser).
  • pour près de 8 à 9 d’entre elles, une lésion d’un nerf de la cheville (nerf fibulaire ou nerf tibial).

En résumé, les causes locales possibles pouvant expliquer la persistance de votre douleur sont nombreuses. Le diagnostic et le traitement de chacune d’elles requièrent une expertise spécifique (idéalement). Rien que pour les lésions ostéochondrales, il existe au moins une dizaine d’options thérapeutiques décrites dans la littérature scientifique [6-8].

Causes neurologiques

Votre système nerveux (qui inclut votre cerveau et votre moelle épinière) peut devenir dysfonctionnel dans sa manière de gérer la douleur. On parle alors de sensibilisation centrale. Ceci peut expliquer que s’installe une douleur persistante après un traumatisme de la cheville.

La recherche est en cours pour expliquer pourquoi et comment certaines personnes développent ce type de dysfonctionnement et d’autres non [9]. Une bonne explication du phénomène est cruciale à la fois pour :

  • être capable d’identifier si une douleur chronique est vraiment causée par une sensibilisation centrale (et non par une anomalie locale non détectée ou incorrectement soignée) ;
  • découvrir des stratégies vraiment efficaces pour traiter ce type de douleurs chroniques.

Notons qu’en principe, une douleur persistante après entorse de cheville peut venir à la fois d’une anomalie locale et d’une sensibilisation centrale.

À retenir : plus de 10 causes possibles peuvent expliquer la persistance d’une douleur d’entorse de cheville. Et bien sûr, rien n’empêche qu’elles puissent se combiner entre elles.

(Pour aller plus loin sur la question des causes de la douleur, vous pouvez lire cet article Traitement de la douleur, gestion de la douleur, causons causes.)

Que faire si la douleur persiste longtemps après l’entorse de cheville ?

Si une douleur persiste au-delà de 3 mois après votre entorse, vous avez deux problèmes à traiter :

  • trouver un traitement efficace (s’il existe) ;
  • vivre avec la douleur en attendant.

Attardons-nous maintenant sur chacun de ces problèmes.

Trouver un traitement efficace

Idéalement, il vous faut un traitement qui :

  • supprime définitivement votre douleur ;
  • avec le minimum de risques d’effets secondaires ;
  • au moindre coût.

Mettre toutes les chances de son côté pour trouver un tel traitement implique :

  1. de trouver un spécialiste de la prise en charge des douleurs persistantes après entorse de cheville ;
  2. de passer les examens nécessaires au diagnostic de votre douleur ; pour traiter convenablement votre douleur, il faut en effet identifier précisément ses causes (si cela est possible en l’état des connaissances) ;
  3. de subir le traitement requis (s’il existe) ;
  4. éventuellement d’endurer la convalescence associée à ce traitement (immobilisation partielle et rééducation post-chirurgie, par exemple) ;
  5. constater le résultat immédiatement à la fin du traitement ;
  6. potentiellement, recommencer à partir de l’étape 1. ou 2. (si le résultat immédiat après traitement n’est pas satisfaisant) ;
  7. constater le résultat à distance (après quelques mois, par exemple) ;
  8. éventuellement, tout reprendre à l’étape 1. ou 2. en cas de récidive de la douleur.

Vous l’aurez sans doute compris : toutes ces démarches demandent du temps, de l’énergie et sans certitude sur le résultat.

Ne serait-ce que la première étape, trouver un spécialiste, représente déjà une belle épreuve.

Il existe en effet des dizaines de causes possibles à la persistance d’une douleur après entorse de cheville. Pour votre douleur, être capable d’en identifier la cause principale avec suffisamment de confiance requiert une vraie expertise. Cette expertise inclut une bonne connaissance de la littérature scientifique internationale pertinente pour :

  • d’abord, être capable de cerner avec confiance la cause principale de votre douleur (si l’état du savoir le permet) ;
  • ensuite, être capable de vous orienter vers la meilleure option thérapeutique disponible pour traiter cette cause.

Comment mettre la main sur un tel spécialiste ? Hélas, je ne sais pas.

Ce que je sais cependant, c’est que plus vous serez vous-même documenté sur la question, plus vous serez à même d’identifier ce spécialiste. À ce titre, la lecture du présent article constitue un excellent point de départ !

Ce que je sais également, c’est qu’il peut parfois être judicieux de ne pas allouer trop de temps et d’énergie à cette quête. Sans abandonner l’espoir d’un soulagement définitif, il peut être sage de préserver ses forces pour d’autres occupations.

En effet, en attendant de mettre la main sur l’éventuel traitement miracle ou spécialiste providentiel, il faut continuer à vivre. Il faut dompter votre douleur.

Vivre avec la douleur en attendant : dompter votre douleur

En attendant de trouver un traitement satisfaisant pour votre douleur persistante à la cheville, il va faut vivre avec, il faut la dompter. Qu’est-ce que cela implique concrètement ? Je vous propose une stratégie de gestion de la douleur s’appuyant sur 3 principes :

  1. d’abord, analyser le retentissement réel de votre douleur sur votre vie quotidienne ;
  2. ensuite, vous fixer des objectifs intelligents pour améliorer la situation ;
  3. enfin, mettre en place un journal de bord pour assurer le suivi de vos progrès.

Cette approche que je propose n’est pas spécifique à la douleur persistante de cheville. Elle est adaptée à un large éventail de douleurs chroniques. C’est pourquoi j’ai consacré un article à part entière sur la gestion de la douleur persistante, quelle qu’en soit l’origine.

Sur le même thème, vous pouvez aussi lire cet article sur les enseignements du monde animal en matière de gestion de la douleur.

Et si vous êtes préocuppé·e par votre douleur de cheville, vous vous interrogerez peut-être aussi sur la durée du gonflement après une entorse de cheville.

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RÉFÉRENCES

[1] Basbaum, A. I., Bautista, D. M., Scherrer, G., & Julius, D. (2009). Cellular and molecular mechanisms of pain. Cell, 139(2), 267–284. https://doi.org/10.1016/j.cell.2009.09.028

[2] van Rijn RM, van Os AG, Bernsen RM, Luijsterburg PA, Koes BW, Bierma-Zeinstra SM. What is the clinical course of acute ankle sprains? A systematic literature review. Am J Med. 2008 Apr;121(4):324-331.e6. doi: 10.1016/j.amjmed.2007.11.018. PMID: 18374692.

[3] Hubbard -Turner, Tricia & Hicks-Little, Charlie. (2008). Ankle Ligament Healing After an Acute Ankle Sprain: An Evidence-Based Approach. Journal of athletic training. 43. 523-9. 10.4085/1062-6050-43.5.523.

[4] Ahn, Byung-Hyun, and Byung-Ki Cho. “Persistent Pain After Operative Treatment for Chronic Lateral Ankle Instability.” Orthopedic research and reviews vol. 13 47-56. 19 Apr. 2021, doi:10.2147/ORR.S299409

[5] Pina, Matthew & Messina, James & Geaney, Lauren. (2021). Persistent Nerve Injury and CRPS After Ankle Sprains. Techniques in Foot & Ankle Surgery. Publish Ahead of Print. 10.1097/BTF.0000000000000314.

[6] Badekas, T., Takvorian, M., & Souras, N. (2013). Treatment principles for osteochondral lesions in foot and ankle. International orthopaedics, 37(9), 1697–1706. https://doi.org/10.1007/s00264-013-2076-1

[7] Guimarães JB, da Cruz IAN, Nery C, Silva FD, Ormond Filho AG, Carneiro BC, Nico MAC. Osteochondral lesions of the talar dome: an up-to-date approach to multimodality imaging and surgical techniques. Skeletal Radiol. 2021 Nov;50(11):2151-2168. doi: 10.1007/s00256-021-03823-7. Epub 2021 Jun 15. PMID: 34129065.

[8] Boffa, A., Previtali, D., Di Laura Frattura, G. et al. Evidence on ankle injections for osteochondral lesions and osteoarthritis: a systematic review and meta-analysis. International Orthopaedics (SICOT) 45, 509–523 (2021). https://doi.org/10.1007/s00264-020-04689-5

[9] Barroso J, Branco P, Apkarian AV. Brain mechanisms of chronic pain: critical role of translational approach. Transl Res. 2021 Jun 25:S1931-5244(21)00144-4. doi: 10.1016/j.trsl.2021.06.004. Epub ahead of print. PMID: 34182187.

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